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 En crise, la microfinance s'interroge

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MessageSujet: En crise, la microfinance s'interroge   Dim 15 Mai - 4:49

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Yunus débarqué de la Grameen Bank, suicides en Inde et critiques de plus en plus vives: la microfinance parviendra-t-elle au bout de cette crise?

Face à la crise sans précédent qu'elle traverse, la microfinance est tentée de regarder dans le rétroviseur. Faut-il revenir à un modèle humanitaire? Changer d'échelle? Revoir ses objectifs?

Même le porte-voix du secteur, Muhammad Yunus, star internationale qui déchaine les passions chez les jeunes diplômés d’école de commerce en quête de sens, goûte au revers de la médaille. Viré de la Grameen Bank, la "banque des pauvres" qu’il a cofondée en 1976, celui que l’on surnomme "le père du microcrédit" est devenu l’homme à abattre pour la Première ministre du Bangladesh, Cheikh Hasina, qui lui reproche toujours d'avoir voulu se lancer en politique en 2007.

Ce bras de fer très médiatisé bouleverse un peu plus encore un secteur déjà ébranlé par une crise aux conséquences bien plus dramatiques.

La microfinance (qui désigne l'offre de services financiers aux populations pauvres et englobe donc à ce titre le microcrédit) est en effet accusée d’avoir provoqué des dizaines de suicides de paysans dans le sud de l'Inde. (Lire à ce propos la chronique du professeur Arvind Ashta et celle du professeur Jean-Michel Servet sur Youphil).

Résumons. En septembre dernier, le leader du microcrédit indien, la société SKS, entre en bourse, provoquant un malaise dans le secteur de la microfinance.

A l’origine, le microcrédit a pour objectif d’aider des personnes démunies à sortir de la pauvreté, en développant une activité. Il ne s’agit pas de prêter de l’argent pour acquérir une télé ou le dernier téléphone qui vient de sortir, mais de faire un prêt pour développer une activité. La plupart des emprunteurs sont des femmes, jugées plus à même de rembourser.

Les bailleurs internationaux comme la Banque Mondiale soutiennent ces projets, tout comme les services publics de coopération en France, aux Etats Unis et au Royaume-Uni notamment. Près de 80 millions de personnes en bénéficient à travers le monde, principalement en Asie, en Afrique et en Amérique Latine. A côté des très grands donateurs, des individus peuvent également prêter, en utilisant des sites comme Kiva, pionnier aux Etats-Unis.

Taux de remboursement: 98,5%

Ce sont les Institutions de Microfinance (IMF) qui assurent l’intermédiaire entre les organismes de microcrédit et les donateurs. Ces prêteurs – il s’agit parfois d’un simple marchand qui possède une roulotte sur la place du village – sont en quelque sorte responsables du remboursement du prêt. Ce sont eux qui s’assurent que les taux de remboursement affichés par les organismes de microcrédit - 98,5% comme l’annonce fièrement Kiva sur sa Fan Page sur Facebook - continuent d’être excellents.

Mais ce sont aussi eux qu’il faut recruter, rémunérer, coordonner et évaluer. Par ailleurs, les prêts, accordés pour des montants très faibles, doivent donc être très rentables, comme l’explique l’économiste Isabelle Guérin. Voilà qui explique en partie les taux d’intérêts très élevés (souvent 25%) imposés aux emprunteurs dans le cadre d’un microcrédit.

Du coup, beaucoup dénoncent l’agressivité, la pression verbale, le harcèlement des agents de microfinance pour être remboursés. Des méthodes qui seraient à l'origine des suicides en Inde.

Certains estiment que cette dérive aura - il faut l'espérer - peut-être l'avantage de dissocier les "bons" organismes de microfinance des mauvais. "Depuis le début de la crise, nous avons eu de nombreuses visites sur notre site, il y a un regain d’intérêt de la part des personnes", observe Arnaud Poissonnier, cofondateur du site de microcrédit en ligne Babyloan. Arnaud Ventura, cofondateur de Planet Finance, renchérit: "Certains des donateurs sont encore plus vigilants, posent plus de questions. Mais aucun ne s'est retiré."

Pourtant, cette crise, qui a médiatisé un secteur en jetant l’opprobe sur lui, est loin d'être anecdotique. Cela fait plusieurs années que des voix s'élèvent contre le système actuel de microfinance. En Bolivie, au Maroc, au Pakistan, au Nicaragua… Dans plusieurs pays, les habitants qui bénéficient du microcrédit sont embourbés dans la spirale du surendettement. Au Bangladesh, en zone rurale, certains paysans cumulent trois crédits par personne!

Cette crise s’explique sans doute par la montée en puissance du secteur, devenu victime de son succès. Entre 1997 – date du premier sommet mondial du microcrédit à Washington – et 2006 (lorsque Muhammad Yunus reçut le prix Nobel), la microfinance s'est démocratisée. Pour le meilleur… et pour le pire. Aujourd'hui, l’agressivité commerciale des agents de microfinance est pointée du doigt donc, tout comme l’irresponsabilité des bailleurs, parfois séduits par les sirènes d'un business qui leur promet une belle rentabilité financière.

Seulement voilà; les taux de remboursement élevés masquent en fait le problème de solvabilité des emprunteurs, ces derniers contractant de nouveaux prêts pour rembourser l’argent qu’ils doivent.

Par ailleurs, les prêts, attribués normalement au développement de l’activité commerciale, seraient en fait utilisés dans 50% des cas pour des dépenses liées à la consommation (habitat, nourriture, frais scolaires), selon des études conjointes menées par des chercheurs dans plusieurs pays qui pratiquent la microfinance.

Solène Morvant-Roux, maître-assistante à l’Université de Fribourg en Suisse et spécialiste de la microfinance, estime qu' "il faut expliquer aux gens qui financent ces prêts qu’une partie est allouée aux dépenses de consommation courante, et que la microfinance ne peut donc pas servir qu’à financer une activité."

Dans l’ensemble, les chercheurs interrogés préconisent de revenir à un modèle plus "humanitaire" de la microfinance, tel qu’il a d’ailleurs été développé en Afrique, à l’échelle de villages, bien avant que Muhammad Yunus ne le médiatise.

Il faut aussi développer d’autres services, juge Rathana Peou, directrice de l’Institut du Développement Durable de l’Université ULAB, au Bangladesh. "Dans un pays soumis à des catastrophes naturelles comme le Bangladesh, nous avons besoin par exemple de produits d’assurance." Sans oublier des produits d’épargne, accompagnés si possible d’ateliers de sensibilisation à la gestion de l’argent.

Beaucoup plaident en tout cas pour que le principal critère de performance retenu ne soit pas le taux de remboursement des prêts, mais le fait de savoir "combien de personnes sortent du cercle de la pauvreté. Et pour combien de temps", poursuit Rathana Peou.

Il faudra en effet sans doute prendre en compte de nouveaux critères dans le choix des prêts, comme la performance sociale, et plus seulement financière. Reste à savoir comment l’évaluer. La société SKS, dénoncée comme étant à la source de bien des maux, était semble-t-il bien notée sur le plan social.

2011-05-04
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